Pour les séniors

Club de la Coquillade
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Présence Verte Service
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Les histoires de la commune

Si vous avez des histoires à raconter sur le village, c’est ici qu’on pourra les lire !

En septembre, pour le mois des vendanges et du patrimoine, nous avons choisi de vous donner des extraits d’un recueil d’anecdotes de Henry Maury :

Nous sommes début septembre 1943, la guerre contre l’Allemagne est déclarée depuis le 3 septembre 1939.
France est vaincue et les Allemands depuis 1942 occupent la zone libre gouvernée par le maréchal Pétain qui voit son pouvoir diminuer et ne peu empêcher le STO (service du travail obligatoire). Il est obligé de laisser partir les jeunes de la classe 42 43 pour travailler en Allemagne. 

La famille et les vendangeurs sont réunis pour le repas du soir vers 18h. Les vendanges doivent commencer demain. Je me rappelle de Ginette (la fiancée de Maurice) et de sa sœur Simone, de Servian qui étaient venues nous aider.
Déjà nous commençons à manger qu’un avion allemand est passé deux fois à faible altitude. Ce jour-là un orage s’était déclaré et toutes les montagnes était prises d’un épais brouillard et de beaucoup de pluie. Lorsque tout à coup une immense clarté illumine la fenêtre de la salle à manger, suivi d’un grand bruit. Tout le monde va dehors pensant à l’avion.
La réaction a été de même pour tous les Cabrerollais.
Où est-il tombé ? Nous sommes tous sortis. L’avion avait mis le feu au bois de chênes à droite du village en face du château fort.

On distingue la lueur sur le versant de la montagne dite “le Balaruc” ainsi que le bruit : la pétarade des cartouches qui éclataient au contact du feu.
Les plus jeunes, nous montons au château, à la lueur des éclairs car il faisait nuit.
Arrivés là-haut nous assistons à un véritable feu d’artifice fait par l’explosion de balles sur toutes les parois de la montagne.
Nous assistons à ce spectacle mais très complexés par l’idée de ce qui aurait pu nous arriver s’il était tombé sur le village et en pensant aux aviateurs sûrement tués après ce choc effroyable et ne pouvant rien faire pour s’approcher de l’endroit où il s’était écrasé au bout de la montagne nous avancions grâce aux éclairs.
Nous nous préparions à descendre quand nous avons entendu deux heures après la chute de l’avion, des personnes se parlant au bout de la montagne. C’était l’accent du pays (plus tard nous avons su qu’ils étaient de la Liquière). 

Malheureusement, le lendemain, nous pensions monter voir ce qui s’était passé mais les vendanges commencent et il faut remettre à midi. Ce que nous faisons.
Par la route de La Borie, nous escaladons les bois et rochers plus accessibles que face au village.
Nous arrivons aux trois quarts de la montagne, là où l’avion a commencé à percuter les chênes verts qui sont tous cisaillés à leur extrémité sur environ un mètre. C’est là qu’apparaît toute la carlingue avec ses deux ailes presque entières mais sans les roues d’atterrissage qui avaient été disloquées et éparpillées sur le sol. Seule la roue arrière était encore dans le fuselage. Nous arrivons là où l’avion a explosé et mis le feu au bois (éteint par la pluie) pendant la nuit. Tout d’abord une odeur que j’ai gardée longtemps, l’huile de paraffine brûlée. Sur le sol un amas de parachutes pendus aux arbres ainsi que des morceaux de chair et intestins des aviateurs, des souliers avec le pied, des genoux avec encore une partie du pantalon, les restes de deux à trois aviateurs. Nous arrivons à l’extrémité du faux plat de la montagne qui bascule soudain dans une pente à 80 degrés vers le ravin. Sur les derniers rochers qui dominent le ravin, le corps sans vie d’un allemand, vêtu d’un treillis et dans sa main une jumelle mais les jambes le corps couverts d’hématomes bleus.  

C’est à cet endroit, à 10 mètres plus bas que sera découvert un autre allemand sans vie, la tête fracturée par le choc.
Il devait être cinq ou six dans cet avion, “un Dornier” de reconnaissance mais bien armé au demeurant de bandes de cartouches de mitrailleuses trouvées ainsi qu’un canon intact dans la carlingue.
Ce modèle d’avion que nous voyons dans les revues avec 2 moteurs à cylindre qui gisaient avec les hélices au bas du ravin.
Lors de l’explosion plusieurs cylindres ont été propulsés vers le château, que nous avons retrouvés par la suite, ainsi qu’une boule de fil électrique de 1m50 de diamètre qui avait atterri sur le versant à l’opposé de l’explosion.
Le lendemain les soldats allemands sont venus pour récupérer les cadavres avec six cercueils et une plate-forme tractée par un camion.
Mal renseigné sur l’origine montagneuse ils ne peuvent prendre les restes de l’avion situés sur le côté le plus escarpé 400 m d’altitude, le village étant à 300 m.
Déjà la Kommandantur de Béziers qui avait prévenu la mairie de mettre le garde municipal qui était en permanence sur les lieux pour empêcher les voleurs.
Mais les Allemands voyant qu’ils ne pouvaient rien récupérer, ne reviendront pas.
Les Cabrerollais et voisins firent le tri de ce qu’ils pouvaient prendre ( parachutes, cartouches, fil électrique, roues, tôles, etc…).
Pendant plusieurs années les ferrailleurs s’occupèrent de découper tout l’appareil. Nous les entendions taper sur les tôles. Ainsi il ne reste plus rien.
Il faut signaler que pendant la guerre, l’éclairage municipal ne devait rester allumé qu’une à deux heures à Cabrerolles. Le garde qui s’occupait de cela avait laissé allumé toute la nuit. Aussi, le seul village éclairé de la région était Cabrerolles.
Ce qui a pu influencer les aviateurs des allers-retours qu’ils ont dû faire pendant plusieurs fois à faible altitude en vue de l’atterrissage.